La raison est-elle soluble dans le Web 2.0 ?

23 décembre 2006
4 comm.
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Une évocation bien sentie, publiée sur le blog de Prométhée, des "évangélistes du néant" me pousse à moi aussi me demander si, en ces temps de bons voeux obligatoires, l’hystérie collective n’a pas rejoint les bouteilles de "Cool Water" sous le sapin.  Le très respectable magazine "Time" a-t-il perdu la tête ? Il place en effet "You" (c’est à dire moi, vous, n’importe qui) au rang de personnalité de l’année. Voilà ce qu’il restera donc dans la presse de l’année 2006, reléguant au rang de "faits" les banlieues, Ahmadnejad, l’Irak, l’écologie, le Liban, la panique aérienne estivale à Londres, Chicago-Charleroi, le docu-fiction de la RTBF et l’arrivée tardive du SonyEricsson P990i.

"You", ne reste donc plus que ce terme, vague, poudre aux yeux, symbolisé par le rachat, pour 1,65 milliards de dollars US, d’une firme nommée YOUTube par Google, le chiffre de l’année. "You", l’inspiration divine d’une galaxie de start-ups prétentieuses, dont l’unique dessein est d’être rachetée par l’un ou l’autre "major player", un jour prochain, là où la bourse était le but ultime hier : Scroon dévoile "l’après Youtube", expliquant les bienfaits de la "convergence 2.0".

Pour certains, la diffusion hertzienne est morte : le podcast en a sonné le glas. Sauf qu’à se pencher sur les chiffres - jalousement gardés -, il convient de manier avec prudence ce genre d’affirmation. Tout comme il convient de gratter un peu pour voir ce qui se dissimule vraiment derrière les affirmations selon lesquelles la "3G est un succès" et voici déjà la "HD mobile" (comprenez "HD timbre poste"). Oui, l’horizon affiche clairement l’option "à la demande", mais la multiplication des canaux de diffusion n’est qu’une évolution de l’espèce : cela fait 20 ans que le magnétoscope - et donc la télé à la demande "1.0" - est dans les foyers. Sous nos latitudes, l’utilisateur de médias est encore, et pour longtemps, un "assisté" : il est peu probable qu’en dehors du cénacle des blogueurs actifs et engagés, les internautes se mettent à composer un Netvibes ou un espace Live.com. Il est certes devenu impossible de dessiner une ligne du temps à plus de trois années dans le secteur, mais il suffit de quitter les grands boulevards pavés de smartphones et de Blackberry pour regarder la planète terre, qui n’est pas encore tout à fait virtualisée.

Le Web 2.0 représente aujourd’hui une série de tendances observées sur un marché aussi incertain qu’à la fin des années 90, rien de plus. Combien de "jeunes pousses" sont aujourd’hui rentables ? Ou disposent d’un modèle économique viable ? Du vent, du markéting, un assemblage de technologies qui lui pré-existaient. La révolution, c’est autre chose : il suffit d’ouvrir un dictionnaire pour se rappeler que les termes ont une histoire et une acception plus ou moins claire en langue française.

Quant au terme "social", désormais appliqué à tout ce qui relève de la "sphère 2.0", il n’est rien d’autre qu’une illusion : socialise-t-on vraiment en dehors des heures de travail ou de cours par la simple connexion à son réseau d’amis sur MSN (pardon "Live") Messenger ? Quid du zapping des individus, "viens ici que je te bloque de mon Google Talk" ? Le langage SMS, le journal Métro, les dépêches copiées/collées sur Yahoo ou Skynet Actualités ?

L’Internet ouvre des horizons (Wikipédia, Agoravox), c’est certain. L’information ne sera jamais plus la même. Les sources n’ont jamais été aussi plurielles. Mais l’hystérie collective est là, nous guette, couverte de vertus "socialisantes", de logos épurés : nombre d’acteurs importants - dont les revenus reposent sur le seul canal publicitaire ! - font aujourd’hui passer l’ego pour liberté d’expression. Méfions nous des panneaux publicitaires du culte 2.0. A y regarder de plus près, la couverture Time Magazine pourrait très bien être celle de "Psychanalyse Magazine".


  1. 23 décembre 2006

    Comment ne peut pas abonder dans ton sens ? ;)

  2. 24 décembre 2006

    Time, le Web et la marche du monde

    “Change is good”: c’était l’accroche choisie par le magazine américain Wired pour son numéro de janvier 1998. Depuis, la couverture de ce collector est restée comme une des icônes de la première bulle Internet et de l&#821……

  3. 24 décembre 2006

    comme le dirait l’ami prom’ s’il s’appellait teddy : " heu, c’est tellement plein de bon sens" et le titre est tellement représentatif de l’esprit du moment .

    Que l’on ne peux que se dire : " bizarrrrrrre, comment cédric fait il pour lire dans mes pensées … mais en mieux écrit.)

  4. 26 décembre 2006

    La raison est-elle soluble dans le Web 2.0 ?

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